Oubliez
les cinq sens,
Babitz est bien plus.

"Nous pouvons sauter quelques centaines de milliers d’années d’évolution humaine… et nous devons le faire!" , affirme Liviu Babitz. Avec Cyborg Nest, il a fondé la première entreprise au monde qui dote les êtres humains de sens supplémentaires.

"Je crois qu’à terme, nos corps capteront directement de nombreuses informations sans devoir les regarder consciemment avec nos yeux." L’auteur de cette affirmation est Liviu Babitz, cofondateur de Cyborg Nest. La première entreprise au monde qui offre à des êtres humains d’élargir leur perception de la réalité en ajoutant, à l’aide de la technologie, de nouveaux sens à leur corps et à leur vie.

BIO Liviu Babitz

  • 37 ans.
  • Israélien né en Roumanie.
  • Cofondateur de l’entreprise de bodyhacking Cyborg Nest, qui construit à l’aide de la technologie de nouveaux sens pour les êtres humains. L’idée sous-jacente? Plus nous avons de sens, plus riche sera notre vie.
  • Possède un sixième sens, The North Sense, et sait ainsi toujours où est le nord.
  • A étudié l’économie et les statistiques à l’université hébraïque de Jérusalem et le cinéma à la Minshar School of Art de Tel Aviv.

Cela n’a rien de commun avec ce que font les smartphones et autres dispositifs portatifs. "Il convient d’établir une distinction entre les sens et les instruments", explique Liviu Babitz. "Ces derniers vous obligent toujours à prendre une décision consciente. Prenez l’exemple d’une boussole. Vous devez la sortir de votre poche, l’ouvrir, chercher le nord, puis la remettre dans votre poche. Un sens, en revanche, est toujours une partie de vous-même. Pour ma part, je sais depuis près d’un an où se trouve le nord, sans devoir le demander."

Il le doit à The North Sense, un implant sur sa poitrine qui est connectée au champ magnétique de la Terre. Grâce aux vibrations, il sait toujours où se trouve le nord, à l’instar des 400 autres cyborgs qui ont déboursé 425 dollars pour ce petit appareil. Fondamentalement, un sens est toujours actif, remarque Liviu Babitz. "Lorsque vous êtes parvenu au bout d’un film, vous n’éteignez pas vos yeux. Après un concert, vous ne débranchez pas vos oreilles. Et vous ne déposez pas votre sens du goût sur votre table de nuit quand vous allez dormir. Les sens font partie en permanence de notre réalité."

© RV

The North Sense

The North Sense est un implant sur la poitrine, connecté au champ magnétique de la Terre. Il vibre lorsqu’il est orienté au nord.

The North Sense lui manquerait-il s’il en était subitement privé? "S’il n’est pas activé, par exemple parce que je le recharge, j’ai l’impression que quelque chose manque à ma vie, en effet. Comme si vous étiez tout à coup incapable de distinguer l’orange. Ce n’est pas dramatique, vous n’en mourrez pas. Mais vous trouverez dommage de ne plus percevoir quelque chose que vous pouviez distinguer auparavant."

Cyborg Nest développe d’autres sens, même si Liviu Babitz ne veut pour l’instant rien révéler à ce propos. Lui-même n’a pas de formation en informatique – il a étudié l’économie, les statistiques et la production audiovisuelle – mais il n’y voit pas un frein. "Dans ma vie, la technologie est devenue un outil grâce auquel il devient possible de changer les choses", résume-t-il.

Son précédent emploi en témoigne. À l’époque, Liviu Babitz était COO de Videre, un réseau mondial qui fournissait des caméras, de la technologie et des formations à des communautés oppressées dans des zones difficiles d’accès, afin de leur permettre de prouver les actes de violence et les violations des droits humains dont elles étaient victimes.

"Je veux simplement utiliser la technologique pour déployer ce que Mère Nature m’a donné et ainsi enrichir mon expérience de vie."

© Tim Foster

Nous avons cinq sens. Pourquoi est-il important d’y changer quelque chose?

"Notre désir de créer existe parce que nous observons ce qui nous entoure. Ce sont nos sens qui nous permettent de voir quelque chose que nous trouvons beau, d’entendre un son agréable. Mais ces sens font également en sorte que de belles choses ou des sons agréables existent. Un jour, nous avons entendu un oiseau, décidé de copier cette petite ritournelle et inventé la musique. Plus tard, nous avons pensé qu’il serait agréable de pouvoir en écouter seul, et nous avons créé le casque audio. Imaginez que nous ayons d’autres sens. Nous pourrions étendre encore notre volonté de créer et accroître de manière exponentielle ce que nous ressentons en tant qu’humanité."

Qu’est-ce qui vous paraît manquer dans nos sens actuels?

"Des sons et des couleurs nous entourent, que nous ne pouvons entendre ou voir. Par exemple, l’infrarouge et l’ultraviolet sont présents dans cette pièce, mais je suis incapable de les percevoir. Les chiens entendent des sons que nous n’enregistrons pas. Si nous parvenions à y remédier, cela pourrait avoir de grandes conséquences, par exemple sur le plan écologique. Si nous étions capables de voir la nuit, nous n’aurions plus besoin d’éclairage artificiel et nous économiserions beaucoup d’énergie."

Votre objectif est-il de sauter plusieurs centaines de milliers d’années d’évolution humaine à l’aide de la technologie?

"Nous avons la possibilité de le faire et nous devons le faire. Le monde qui nous entoure évolue très rapidement. Voyez le changement climatique qui s’est accéléré ces dernières décennies, ou encore l’intelligence artificielle qui nous pousse à nous améliorer."

"Si nous pouvions voir la nuit, nous n’aurions plus besoin d’éclairage artificiel et nous économiserions beaucoup d’énergie."

© Shutterstock

Cela ne revient-il pas à se prendre pour Dieu?

"Pour moi, cela ne touche pas à l’Intouchable. C’est une conséquence logique de ce que nous accomplissons sans cesse. Il n’y a jamais eu de raison pour l’homme d’aller sur la Lune: nous n’avons pas d’ailes pour voler et nous ne pouvons respirer en dehors de notre atmosphère. Pourtant, nous avons voyagé dans l’espace et nous comprenons désormais un peu mieux le vaste ensemble dont nous faisons partie. Et c’est bien. Mais il n’est pas indispensable de se rendre sur une autre planète pour découvrir un nouvel univers. Nous pouvons découvrir cet univers qui nous entoure, mais qui échappe actuellement à nos capacités naturelles."

The North Sense est fixé à votre cage thoracique. Pour d’autres sens, faudra-t-il connecter des câbles au cerveau? L’idée a de quoi faire réfléchir…

"Cela arrivera plus vite qu’on ne le pense. Et je n’y vois aucun problème. Nous devons nous adapter au changement. Voici un siècle, les voitures étaient rares, il n’y avait pas encore de véritable code de la route. Aujourd’hui, tout est parfaitement organisé. Il en va de même pour le transport aérien: chaque jour, des milliers d’avions se croisent au-dessus de Londres et ils ne se heurtent pas. Nous avons adapté nos systèmes à de nouvelles situations. Cela doit s’appliquer à nous."

L’idée d’améliorer notre corps paraît assez extrême. Est-ce parce que nous n’y sommes pas –encore – habitués?

"Nous y sommes habitués, en réalité, mais pas pour ce qui concerne la technologie. Voyez le succès de la chirurgie esthétique et plastique: il démontre que l’idée de modifier notre corps ne nous pose aucun problème. La différence réside dans la nature de l’objectif. Dans le cas du biohacking, il n’est plus esthétique, mais induit par des avantages cognitifs et neuronaux."

"Être un cyborg signifie que vous ne sentez pas que vous portez la technologie, mais que vous l’êtes", déclarait Neil Harbisson, l’artiste qui entend des couleurs grâce à une puce et à une antenne implantées sur son crâne. Est-ce également votre définition?

"Pas tout à fait, car cela me semble trop extrême. Le corps et le cerveau humain sont un bon socle sur lequel implanter la technologie. Mais je ne veux pas cesser d’être un humain pour devenir une machine. J’aime être Liviu! Je veux simplement, à l’aide de la technologie, déployer ce que Mère Nature m’a donné pour jouir d’une expérience de vie plus riche."

Bodyhacking, cyborgs, transhumanisme… Il y a beaucoup de dénominations pour ce qui vous occupe aujourd’hui.

"La foule de noms et de définitions qui circulent ne clarifie pas les choses. Récemment, je participais en Finlande à une conférence consacrée au biohacking. Il s’est avéré que j’étais le seul conférencier parlant de technologie. Les autres invités ‘pirataient’ eux aussi leur santé et leur corps, mais par des compléments alimentaires, par exemple."

Ces évolutions ne soulèvent-elles pas des questions en matière de vie privée? Avec les Google Glass, vous saviez que vous étiez en train de filmer quelqu’un à son insu. Des sens améliorés ou supplémentaires ne créent-ils de nouvelles objections?

"Notre vision de la vie privée se transformera complètement. Certes, elle restera importante, mais nous lui donnerons une autre définition. Certaines personnes obstruent la petite caméra de leur téléphone ou de leur PC parce qu’elles ont peur que d’autres les observent. Personnellement, l’idée que des gens puissent voir ce que je suis en train de faire toute la journée ne me pose aucun problème. Ils ne verront rien qu’ils ne font pas eux-mêmes. En outre, les rues seront plus sûres et mes enfants plus en sécurité via l’accumulation de caméras. La vie privée réside dans mes pensées, dans mes idées, pas dans le monde physique."

"Voyez le succès de la chirurgie plastique. Modifier notre corps ne pose aucun problème. La différence touche à l’objectif. Dans le cas du biohacking, il n’est plus esthétique, mais porté par les avantages cognitifs et neuronaux."

© Shutterstock

Savoir qu’on peut être observé dans son propre salon n’est pourtant pas une idée plaisante!

"Ne vous méprenez pas, c’est effectivement très invasif. Toutefois, si quelqu’un doit un jour pénétrer chez moi par le biais de la petite caméra dont est équipé un de mes appareils, qu’il en soit ainsi. Je ne vais pas m’en inquiéter toute la journée! Lorsque je me lève le matin, j’ouvre les rideaux et les fenêtres. Si quelqu’un vient regarder chez moi, je lui demanderai ce qu’il veut ou je l’inviterai à partir. Mais je refuse de rester chez moi les rideaux fermés au motif que quelqu’un va peut-être apparaître un jour à la fenêtre. Je ne suis pas aussi paranoïaque."

N’est-ce pas étonnant pour l’ancien COO d’une organisation de défense des droits humains? La technologie peut également être utilisée pour établir un État policier…

"La grande question est: qu’advient-il de toutes ces données, qui peut les utiliser et de quelle manière? Bien qu’il y ait toujours des aspects délicats à prendre en compte, je suis une personne positive. Chaque grande évolution de l’histoire a comporté des aspects négatifs. Or, en définitive, ces inconvénients ont toujours été éclipsés par les avantages. Nous ne pouvons pour autant ignorer les questions, mais nous devons les affronter à visage découvert. Même si l’un ou l’autre problème se pose, l’évolution nous rend plus heureux. Depuis 50 ans, les êtres humains vivent de plus en plus longtemps et en meilleure santé. Ils ont acquis davantage de droits. Le nombre de personnes qui vivent dans la pauvreté a nettement baissé ces dernières décennies. Nous vivons aujourd’hui dans le meilleur monde que nous ayons connu, et celui de demain sera encore meilleur."

"Nous pouvons découvrir tout un univers qui nous entoure, mais qui échappe actuellement à nos capacités naturelles."

Fin août, un risque de piratage a entraîné le rappel de 500.000 pacemakers de la marque Abbott par crainte que des patients se trouvent en danger. Ne craignez-vous pas que des criminels puissent pirater des parties entières du corps pour demander une rançon?

"Naturellement, personne ne voudrait connaître une telle mésaventure. Ceci étant, je ne vis pas ma vie en pensant à toutes les versions possibles de l’Apocalypse. Nous ne devons pas nous laisser dominer par la peur. Il faut croire au progrès. Je porte un North Sense sur mon corps, et bien entendu, je ne veux pas que mon fils perde son père. C’est pourquoi nous mettons tout en œuvre pour éviter de tels problèmes. Sans oublier que les êtres humains n’ont pas vocation à détruire. Pour chaque criminel qui commet un acte malveillant, on trouve ainsi cinq hommes et femmes qui font du positif. En fin de compte, la balance penche clairement du bon côté."

Pour terminer, regardez un instant dans une boule de cristal. Où serons-nous dans 20 ans?

"Ces deux décennies seront en tous cas plus passionnantes que ce que nous pouvons nous imaginer aujourd’hui. Dans 20 ans, mon fils aura 26 ans. Il aura davantage de sens que moi, il en saura plus que ne savait toute l’humanité au XXe siècle, et il planifiera un voyage sur la Lune avec ses amis pour le Nouvel An. Moi-même, j’aurai 57 ans, et je serai l’une des rares personnes à être encore nées avant l’internet. Un véritable dinosaure! (Rires.)"

Télécharger des talents

Dans une célèbre scène du film de science-fiction Matrix (1999), Neo, le protagoniste de l’histoire, se fait télécharger une série de logiciels via un câble branché sur son cortex cérébral. Une fois le téléchargement terminé, il pousse un profond soupir, ouvre les yeux et déclare stupéfait: "Je connais le kung-fu."

Pourrons-nous à l’avenir nous doter non seulement de sens, mais aussi de talents supplémentaires? Dans un récent article publié par le quotidien britannique The Guardian, l’informaticienne Tiana Sinclair s’en disait convaincue. "À l’avenir, vous appuierez sur un bouton qui enverra un signal vers votre cerveau afin que vous puissiez mieux vous concentrer sur l’apprentissage de la flûte ou d’une langue, en accroissant l’énergie dans une partie donnée de votre cerveau."

"Je peux imaginer un monde dans lequel il sera possible, dans une certaine mesure, de transférer des connaissances", commente Liviu Babitz. "Néanmoins, ces connaissances ne feront pas de vous un véritable expert du kung-fu. Ce n’est pas parce que vous savez comment faire quelque chose que vous en êtes capable. Vous devrez toujours entraîner votre corps."

Que téléchargerait-il pour lui-même? "L’internet propose des centaines de cours gratuits pour apprendre des choses très variées. Je voudrais pouvoir appuyer sur tous ces boutons et aspirer toutes ces connaissances."

N’existe-t-il pas de limite à ce que peut accumuler notre cerveau? "Les connaissances que nous possédons dépassent déjà largement celles que nous utilisons", remarque Liviu Babitz. "Le grand défi ne réside pas dans la quantité de connaissances, mais dans la manière dont nous les mettons en pratique. Lorsque j’étais jeune, il fallait se rendre à la bibliothèque pour trouver des informations sur la mythologie grecque. Aujourd’hui, avec le bon critère de recherche, vous pouvez immédiatement tirer ces données de votre téléphone. Mais il faut toujours en faire quelque chose. C’est là que réside la véritable compétence que nous devons enseigner aux gens. Les écoles ont une grande responsabilité à cet égard."

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